24 Jan 2016 | Claudio Di Manao

Entretien avec Michele Geraci

Le 24 août 2014, au large du Capo sant’Ampeglio, Bordighera, Michele Geraci atteint une profondeur de -235 m, battant ainsi le record de plongée profonde en Italie.

- Vos intentions étaient toutefois plus ambitieuses encore, Michele...

En effet, mon objectif était de descendre très profond, à -340 m, une profondeur que je devais atteindre en 14 min maximum, au risque d’entamer la réserve d’air dont je disposais en cas de rupture du narguilé. Un problème au niveau de la soupape m’a obligé à ralentir et la 14e min a sonné juste au-delà des 250 m. J’ai alors interrompu ma descente.

- Mais vous êtes tout de même sorti avec le sourire...

Oui, c’était une bonne plongée et j’en suis sorti sans encombre. Il est parfois très difficile d’interrompre une plongée, mais si l’on y parvient, cela signifie que l’on est maître de soi-même.

- Vous et la plongée : comment votre histoire a-t-elle débuté ?

Mon père est un plongeur de la vieille école, et quand j’avais huit ans, il m’a mis une petite bouteille « Aralù » de 4 litres sur le dos. Je m’en souviens encore : je suis entré dans l’eau depuis la plage, et je devais y rester 10 min seulement, mais il a dû attendre que je vide tout mon air, car je ne voulais plus sortir...

- Par quoi avez-vous commencé, la plongée libre ou la plongée en scaphandre ?

La plongée libre ! J’allais pêcher pour mon chat. Aujourd’hui, je considère toutes ces disciplines comme de la plongée tout simplement, et j’alterne entre la plongée en scaphandre, la plongée avec recycleur, la plongée libre et les activités de photographie et de pêche sous-marine. Lorsque je me réveille le matin, je regarde la mer et je décide.

- Vous et DAN : assurance ou recherche ?

J’ai souscrit mon assurance auprès de DAN en 1994 alors que je suivais ma formation de second niveau, mais je me suis vite aperçu que DAN proposait bien plus que cela, et en 1997 j’ai passé le brevet d’instructeur Oxygen Provider. Peu après, j’ai participé à un projet de recherche portant sur des boîtes noires fournies par Uwatec, qui impliquait le recueil de données sur les profils de plongée. À cette époque, j’effectuais déjà des plongées à 150 m et je trouvais important de partager mes expériences, car il n’existait pas beaucoup de statistiques sur ce type de plongées. Mais un autre aspect de DAN que j’apprécie également, c’est l’approche humaine des chercheurs, qui va bien au-delà de simples statistiques, tableaux et schémas.

- Vous est-il arrivé d’avoir peur ?

Je suis redevable à DAN : en fait, je peux affirmer que je lui dois ma vie, même si c’est arrivé par hasard. Lors de la plongée que j’ai effectuée en vue du record, je devais descendre le long d’un bout. Le risque d’enchevêtrement étant faible, le couteau avait une priorité très basse et je l’ai laissé à la surface. Pendant la remontée, alors que je me trouvais à 140 m de profondeur, mon ensemble cinq bouteilles est resté coincé dans la boucle du câble de l'appareil photo. Je ne pouvais ni remonter ni descendre ! J’étais bloqué, mais lorsque j’ai regardé l’écran de mon ordinateur, j’ai aperçu un petit couteau de secours que DAN m’avait offert six mois auparavant. Je l’avais fixé au bracelet de mon ordinateur, puis je n’y avais plus pensé ! Encore aujourd’hui, j’ai la chair de poule lorsque je regarde la vidéo de cet incident.

- Racontez-moi un moment extraordinaire que vous ayez vécu.

Voici juste un exemple : j’effectuais une plongée avec un ami sur l’épave du Tirpitz à San Remo, lorsque, à la fin de la plongée, un dauphin s'est approché de nous, à pas plus de 70 m ! Mais le plus incroyable, c’est que nous avons passé toute l’heure et demie de décompression à admirer ses cabrioles. Après cela, nous sommes sortis de l’eau et nous nous sommes déséquipés, puis nous sommes retournés dans l'eau avec le dauphin. Ensuite, il nous a même escortés jusqu'au port en jouant devant la proue du bateau. Totalement incroyable !

- En tant qu’instructeur et conseiller, comment contribuez-vous à la sécurité de la plongée ?

J’ai mené de nombreux projets, pour la plupart développés dans le cadre de programmes de formation fédéraux, et je me consacre à présent à la sécurité des plongeurs libres lors des concours de plongée profonde. En octobre dernier, j’ai eu l’honneur d’être nommé arbitre principal des championnats du monde d'apnée Outdoor CMAS. Dans le futur, nous espérons que les simples sessions de formation puissent atteindre un niveau de sécurité équivalant à celui des championnats mondiaux.

- Une journée typique et le rôle du plongeur dans la brigade des sapeurs-pompiers ?

Nous travaillons par périodes de 12 heures, de nuit ou de jour. De jour, l’appel se fait à 8 h avec nos collègues du siège social, nous prenons le petit-déjeuner à 9 h, puis nous passons aux entraînements, en mer si c'est faisable, et sinon en piscine. Après le déjeuner, nous nous attelons aux tâches de maintenance, puis, après 17 h, si nous n'avons pas eu de « bulles », nous participons à une session de gym ou de course à pied. Bien sûr, nous sommes toujours prêts pour passer à l’action en cas d’urgence. Chaque jour, deux de nos plongeurs sont affectés à l’équipage des hélicoptères.

- Votre rêve inavoué de plongeur ?

Eh bien, j’aimerais descendre en dessous de la barre des 300 m de profondeur, non seulement en raison du record (auquel je travaille actuellement), mais surtout en raison du projet d’apnée, qui me tient particulièrement à cœur en ce moment. J’aimerais beaucoup qu’il soit diffusé à la télévision dans le cadre des Jeux olympiques. Oui, c’est probablement cela mon rêve.

- Parlons de votre site de plongée préféré, le « tombant des Américains » à Nice...

C’est l’endroit où j’ai développé ma carrière de plongeur profond. Le tombant présente une face verticale incroyable, avec une crête à 55 m, des falaises recouvertes d’énormes gorgones... La tranche des 55-85 m est si belle qu’elle ressemble aux Maldives : corail rouge, corail noir, des éponges de toutes sortes ! Au pied de la face verticale, on trouve un court tunnel en pente creusé dans la terre, généralement trouble et peu rassurant, qui ne donne pas envie d’y pénétrer. Mais une fois qu’on la traversé, on se retrouve dans le dôme d’une grotte dont le fond se trouve à 118 m de profondeur. On se croirait dans un film, et l’on est pris d’une forte poussée d’adrénaline. La seule façon de retrouver le calme est de poursuivre. Après 160 m, il ya encore des falaises. La face verticale fait place à un glissement de terrain, et des rochers aux formes bizarres s’élèvent du fond de la mer, telle une gargouille hérissée de piquants. En deçà de 200 m, beaucoup de terre... on arrive dans la zone abyssale.



Profil

  • Signe du zodiaque : vierge
  • Âge :  39 ans
  • Ville d’origine : né à San Remo en 1976, il vit entre Genève et Vintimille.
  • Site de plongée préféré : tombant des Américains (Nice, France)
  • Membre DAN depuis 1994


Chronologie

  • 1995 : obtention du brevet de Dive Master
  • 1997 : moniteur de plongée récréative et instructeur DAN Oxygen Provider
  • 1998 : moniteur de plongée technique
  • 2000 : formateur trimix et obtention du brevet de plongée recycleur
  • 2003 : entrée dans la brigade de sapeurs-pompiers plongeurs
  • 2012 : record mondial de la plongée profonde en scaphandre autonome sans assistance - 212,5 m à Nice en 2012
  • 2014 : record italien de tous les temps (et tentative de record du monde) - 253 m à Bordighera




https://www.youtube.com/watch?v=iZX7JJbBXKE
https://www.youtube.com/watch?v=0zk_ktKbkIs
https://www.youtube.com/watch?v=S4rnV9GsVgg

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